Déblayage.
Le soleil radieux nous fait oublier les orages et les bourrasques des derniers jours. Avec ces conditions idéales, tout devient plus facile.
Le ponton sera mis en place dès cet après-midi et les motopompes seront opérationnelles. Notre rendement va grandement s’améliorer.
En attendant, le seul moyen d’enlever les blocs de corail qui se sont effondrés sur le site reste le déblayage à la main et leur évacuation dans des paniers métalliques.
Quels sont les objets qui sont trouvés dans la couche de déblais ?
Pièces de monnaie (espagnoles ?), petites balles de mousquet, tessons de poterie. Un tuyau en cuivre de 3 cm, en partie dégagé lors de l’opération du mois de mai, est incrusté dans le corail. Ce matin, nous en avons dégagé 30 cm supplémentaires, un manchon de raccordement est apparu mais le travail nécessaire à son dégagement complet nous parait disproportionné au regard de son intérêt. Il n’est d’ailleurs pas le seul objet dans ce cas. Dans la zone du lest, l’ancre, dont une patte est visible, pourrait mesurer jusqu’à quatre mètres de longueur, ce qui correspond aux plus grandes ancres embarquées sur ce type de navire.
Nous avons abaissé le niveau du sol d’environ 30 cm afin de dégager complètement l’oreille de l’ancre mais tout le reste est invisible. En 220 ans, le corail a fait son lent travail et, peu à peu, a recouvert cette ancre d’environ une tonne et demie de concrétions, ne laissant apparaître que l’extrémité d’un bras comme celui d’un gisant.
Ailleurs, notre travail a permis de dégager de nouvelles gueuses de 55 cm et plusieurs sortes de pierres : des galets de rivière, des prismes, des roches d’extractions et des briques. Est-ce uniquement du lest ou y a-t-il là aussi des échantillons minéralogiques recueillis par les scientifiques ?
Depuis deux jours, les poissons, peu nombreux au début, font leur apparition. Par deux fois, une tortue est venue faire un passage, des carangues rôdent mais restent à distance. La petite faune bigarrée des poissons de récif grouille dans les anfractuosités ou, comme le poisson clown, dans son anémone.
Dès que les pièces de monnaie arrivent sur le Dumont d’Urville, elles sont immédiatement traitées par électrolyse pour les dégager de leur gangue de concrétion et évacuer les chlorures contenus dans le métal. Les autres objets, après avoir été enregistrés et étiquetés, sont conditionnés par catégorie : alliages cuivreux, verre, céramique, pierre, brique, plomb, etc.
En soirée, nous avons eu une liaison radio en direct avec le musée de la Marine à Paris, d’où un groupe de journalistes nous a questionné afin de connaître l’avancement du chantier. Deux autres liaisons en direct auront lieu les prochaines semaines.