L’inventaire du patrimoine sous-marin de Polynésie française
À l’initiative du gouvernement de la Polynésie française, un programme d’inventaire du patrimoine sous-marin du territoire a été entrepris. À partir de 1992, sa conduite a été confiée au Groupe de Recherche en Archéologie Navale.
Les recherches reposaient sur l’étude des archives, complétée par des enquêtes menées auprès des populations des îles et des atolls. Ces témoignages permettaient d’identifier des sites, de recueillir la mémoire locale et d’orienter les investigations archéologiques.
L’inventaire abordait ainsi le patrimoine maritime polynésien dans toute sa diversité, depuis les pratiques nautiques anciennes jusqu’aux épaves et aux grandes routes commerciales du Pacifique.
L’antenne du GRAN à Tahiti
Les premiers travaux du GRAN en Polynésie française remontent à 1974, avec des recherches consacrées aux ancres perdues par Bougainville dans le lagon de Hitia’a. Cette première investigation associait déjà l’étude des récits historiques, les informations transmises localement et les recherches sur le terrain, une démarche qui restera au cœur des travaux menés par la suite dans les différents archipels.
Au début des années 1990, cette présence s’est structurée autour d’une antenne implantée à Tahiti. Le GRAN était alors organisé autour d’une direction parisienne et de trois antennes, à Toulon, en Martinique et à Tahiti, chacune disposant d’une autonomie de fonctionnement. L’antenne polynésienne avait pour mission d’inventorier, d’étudier et de contribuer à la protection du patrimoine maritime et sous-marin de la Polynésie française.
Placée sous la responsabilité bénévole de Robert Veccella, elle travaillait en lien étroit avec les services polynésiens chargés de l’archéologie et du patrimoine. Les opérations de prospection, de relevé et de fouille étaient conduites sous leur autorité, tandis que les équipes étaient constituées en fonction des objectifs de chaque campagne. Elles pouvaient ainsi réunir des archéologues, des historiens, des plongeurs, des spécialistes scientifiques et techniques, ainsi que des membres d’associations ou d’organismes partenaires. Le site actuel du GRAN situe ce programme d’inventaire entre 1993 et 2003 et confirme qu’il était dirigé par Robert Veccella.
Le fonctionnement de l’antenne reposait enfin sur un large réseau de soutiens. Les institutions de la Polynésie française, les services de l’État, les communes, les services publics, les associations, les clubs de plongée, les entreprises locales et de nombreux particuliers apportaient, selon les missions, une aide financière, matérielle, logistique ou humaine. Cette organisation permettait de conduire chaque année une ou deux campagnes de prospection, de relevé ou de fouille, avec des moyens et des équipes adaptés à la nature du site étudié.
Les axes de recherche
L’inventaire ne concernait pas seulement les épaves. Il s’intéressait plus largement aux pratiques nautiques, aux échanges, aux voyages et à l’histoire maritime du Pacifique.
Activités maritimes polynésiennes
Les pratiques nautiques et les témoignages matériels antérieurs à l’arrivée des Européens.
Voyages de découverte
Les grandes expéditions et les premières navigations européennes dans le Pacifique.
Contrôle du Pacifique
La présence et l’influence des puissances européennes dans la région.
Commerce transpacifique
Les routes commerciales reliant les archipels polynésiens aux autres territoires du Pacifique.
Pêche à la baleine
Les traces laissées par les campagnes baleinières et les navires qui y participaient.
Cabotage entre les îles
Les déplacements, les échanges locaux et les navigations entre les îles et les atolls.
Un patrimoine aux multiples facettes
Les recherches conduites dans le cadre de l’inventaire ne concernaient pas uniquement les épaves de navires européens. Elles portaient également sur les témoignages des activités maritimes polynésiennes et sur différents sites liés à l’histoire des îles et des atolls.
Le marae de Taputapuatea, Raiatea
Des recherches ont été menées dans les fonds entourant le marae de Taputapuatea, situé sur l’île de Raiatea, dans l’archipel de la Société. Il s’agit de l’un des lieux de culte polynésiens les plus importants de la région. Une partie du site avait été détruite par un tsunami.
Les chenaux d’entrée des atolls
Les chenaux d’entrée de plusieurs atolls polynésiens ont également fait l’objet de recherches. Des plombs de pêche et des ancres polynésiennes y ont notamment été collectés.