Contexte
En 1785, Louis XVI confie à Jean-François Galaup de Lapérouse une vaste expédition destinée à parcourir les océans et à compléter les connaissances de son époque. Préparée avec le maréchal de Castries, ministre de la Marine, et le chevalier de Fleurieu, directeur des ports et arsenaux, la mission poursuit des objectifs économiques, scientifiques et militaires.
Astronomes, naturalistes, ingénieurs, botanistes, géographes, physiciens, médecins et autres savants prennent place aux côtés des officiers et des marins. Pour cette campagne prévue sur 4 années, 2 navires sont spécialement aménagés et équipés : La Boussole, commandée par Lapérouse, et L’Astrolabe, commandée par Fleuriot de Langle.
Les 2 bâtiments quittent Brest le 1er août 1785. Après près de 3 années de navigation, l’expédition appareille de Botany Bay, en Australie, aux environs du 10 mars 1788. La suite de son parcours demeure inconnue jusqu’à son naufrage à Vanikoro, dont les circonstances exactes ne peuvent aujourd’hui être établies avec certitude.
Prévue pour durer 4 années, l’expédition confiée à Lapérouse devait parcourir une grande partie du globe avant de revenir à Brest. Après la descente de l’Atlantique et le passage du cap Horn, les 2 navires devaient traverser le Pacifique en multipliant les escales et les missions d’exploration.
Le parcours projeté passait par l’île de Pâques, Tahiti, les Samoa, les Tonga, la Nouvelle-Calédonie, les îles Salomon et la Nouvelle-Guinée. L’expédition devait ensuite contourner l’Australie par l’ouest, franchir le passage entre les 2 principales îles de Nouvelle-Zélande, puis remonter vers Hawaii, la Californie, l’Alaska et la Sibérie. Le voyage devait se poursuivre le long du Japon, de la Chine et de la Corée, avant un retour par les Mariannes, les Moluques, l’océan Indien, le cap de Bonne-Espérance et l’Atlantique.
Le parcours réellement suivi par l’expédition diffère du trajet initialement prévu. Au fil des escales, des conditions de navigation et des événements rencontrés, Lapérouse adapte son itinéraire. Le voyage est connu jusqu’au départ de Botany Bay, en mars 1788, dernière étape documentée avant la disparition de La Boussole et de L’Astrolabe.
La Boussole et L’Astrolabe quittent Brest pour une expédition prévue sur 4 années.
L’expédition atteint Madère le 13 août, l’île de la Trinité le 18 octobre, puis l’île Sainte-Catherine le 9 novembre 1785.
Les navires franchissent le cap Horn en janvier 1786. Ils atteignent Concepción, au Chili, le 24 février et y demeurent jusqu’à la mi-mars.
L’expédition aborde l’île de Pâques le 10 avril. Lapérouse choisit ensuite de ne pas faire escale à Tahiti et gagne Hawaii, atteint le 28 mai 1786.
En Alaska, le chavirage de chaloupes entraîne la mort de 20 marins et officiers.
Après avoir exploré la côte occidentale de l’Amérique du Nord, l’expédition atteint la Californie à la mi-septembre. Les 2 navires traversent ensuite le Pacifique et arrivent aux îles Mariannes le 14 décembre.
L’expédition séjourne à Macao du 3 janvier au 5 février. Les réparations y étant trop coûteuses, les navires rejoignent Manille, où ils demeurent de la fin février au 10 avril 1787.
Les navires atteignent Formose le 6 mai, la Corée le 25 mai, Ternay en Tartarie le 24 juillet, puis le détroit séparant le Japon de Sakhaline le 15 août.
À Saint-Pierre-et-Saint-Paul, Lapérouse confie à Barthélemy de Lesseps son journal de bord, des lettres et 2 malles de documents destinées au roi. De Lesseps quitte alors l’expédition pour rejoindre la France par voie terrestre.
Lors d’une escale destinée à l’approvisionnement en eau, 12 officiers et marins sont tués, dont Fleuriot de Langle, commandant de L’Astrolabe et second de l’expédition.
Lors d’une escale destinée à l’approvisionnement en eau, 12 officiers et marins sont tués, dont Fleuriot de Langle, commandant de L’Astrolabe et second de l’expédition.
La Boussole et L’Astrolabe arrivent à Botany Bay, en Australie. Les Français ne peuvent cependant pas y obtenir toute la nourriture, l’assistance médicale et les matériaux nécessaires aux réparations des navires.
Lapérouse quitte l’Australie avec l’intention de poursuivre son exploration du Pacifique. La suite exacte du voyage n’est pas documentée.
Pour cette expédition prévue sur 4 années, 2 navires robustes et capables d’emporter d’importantes quantités de vivres et de matériel sont retenus : Le Portefaix et L’Autruche. Ces 2 gabares sont transformées en flûtes afin de loger les équipages, les scientifiques, leurs instruments et leurs collections. Elles deviennent officiellement, au début du mois de juin 1785, les frégates La Boussole et L’Astrolabe.
Les navires sont spécialement aménagés pour le voyage. Un faux pont est construit, des logements sont installés pour les commandants, la mâture est révisée, des ouvertures sont aménagées pour ventiler l’entrepont et de nouvelles cuisines sont mises en place. Les cales doivent également accueillir les provisions, le matériel scientifique, les pièces de rechange, de nombreuses ancres et plusieurs embarcations.
Caractéristiques communes
- Capacité de charge : 500 tonneaux
- Longueur : environ 42 mètres
- Largeur au fort extérieur : environ 8,80 mètres
- Creux : environ 5,80 mètres
- Tirant d’eau en charge : environ 4,50 mètres
- Artillerie : 12 canons de calibre 6, dont 6 mis à poste au départ de Brest
La Boussole
- Ancien nom : Le Portefaix
- Construction : Bayonne, d’octobre 1781 à mai 1783
- Plans : Jean-Joseph Ginoux
- Commandant : Jean-François Galaup de Lapérouse
- Le tableau arrière de La Boussole portait l’écu aux 3 fleurs de lys, accompagné de 2 angelots tenant des instruments de navigation.
L’Astrolabe
- Ancien nom : L’Autruche
- Construction : Le Havre, de juin 1781 à février 1782
- Commandant : Paul-Antoine-Marie Fleuriot de Langle, puis Sutton, chevalier de Clonard, après la mort de Fleuriot de Langle aux Samoa en décembre 1787
- La poupe de L’Astrolabe portait l’écu de France.
Après le départ de Botany Bay, l’expédition disparaît sans laisser de document ni de témoignage direct permettant de reconstituer la suite de son voyage. La date exacte, les circonstances du naufrage et le déroulement des derniers événements restent inconnus. Les vestiges retrouvés à Vanikoro ont toutefois permis d’associer l’île à la disparition de La Boussole et de L’Astrolabe.
Deux sites associés à l’expédition
Les recherches réalisées à Vanikoro ont permis d’identifier 2 secteurs liés aux navires de l’expédition : le site de la Faille, où se trouveraient les vestiges de La Boussole, et celui de la Fausse Passe. L’attribution du navire situé dans la Faille repose sur les investigations précédentes, mais le rapport rappelle qu’elle ne peut pas être considérée comme absolument certaine.
Ce qui est établi
- L’expédition disparaît après son départ d’Australie.
- Aucun récit direct des derniers événements n’est connu.
- Des vestiges associés aux 2 navires ont été localisés à Vanikoro.
- Le site de la Faille est associé à La Boussole par les recherches antérieures.
Ce qui reste inconnu
- La route réellement suivie après Botany Bay.
- La date précise du naufrage.
- Les conditions météorologiques au moment du drame.
- Le déroulement exact de la perte des 2 navires.
- Le sort précis des membres de l’expédition après le naufrage.
Ce que le rapport suppose
Le rapport envisage des équipages affaiblis, des officiers moins nombreux et des navires éprouvés par plusieurs années de navigation. Une mauvaise visibilité ou des conditions difficiles auraient pu compliquer les manœuvres. Pour La Boussole, l’hypothèse proposée est celle d’une ancre ayant croché à proximité du récif, avant que le bâtiment ne se retourne et ne s’encastre dans la faille. Cette reconstitution reste entièrement hypothétique.
Pourquoi poursuivre les recherches ?
La présence des vestiges à Vanikoro confirme le lieu de la disparition, mais elle ne suffit pas à expliquer les circonstances du naufrage ni à répondre à toutes les questions sur le destin de l’expédition. C’est pour tenter de mieux comprendre ces derniers événements que différentes campagnes archéologiques ont été organisées sur l’île et autour de ses récifs.