Peintre de la Marine.
Le beau temps se maintient.
Les conditions sont idéales pour une bonne journée de travail. Nous avons pris la décision d’évacuer le très gros bloc qui gène l’accès à une partie du site de la faille. Une nouvelle cuve est mise sur l’embarcation pneumatique afin d’augmenter la capacité de levage des « parachutes ». Après une longue plongée, la première équipe arrive à soulever l’énorme masse de corail, il faudra près de 4000 litres d’air.
Préparation d’une cuve pour soulever le dernier gros bloc de corail.
Une fois décollé, le bloc est remorqué vers une zone où il ne gêne plus la fouille. Le travail reprend, il faudra cependant au préalable remonter la cuve sur l’embarcation et, pour cela, huit plongeurs uniront leurs efforts. Le lot quotidien de petits objets est mis au jour, parmi eux de petites billes de 2 mm. Ce sont des plombs de chasse qu’il faut ramasser délicatement l’un après l’autre pour éviter qu’ils ne soient avalés par la dévaseuse.
Aspirer le sédiment conduit de temps à autre à des incidents, il suffit en effet que la dévaseuse ingère un caillou un peu gros, pour qu’il stoppe l’écoulement de l’eau. On assiste alors à un drôle de ballet des plongeurs qui s’efforcent de déboîter le flexible du tuyau d’aspiration pour dégager le caillou coincé. A d’autres moments, les plongeurs se précipitent vers le tas de déblais qu’ils fouillent frénétiquement pour retrouver un tesson qu’ils ont aspiré par mégarde.
Le chantier avec le levage du gros bloc.
La dernière palanquée a remonté une fourchette. Chacun s’y intéresse, car en général les fourchettes portent les armoiries de l’officier ou du savant à qui elles appartenaient. Elle n’est pas en parfait état, dégradée par 220 ans sous l’eau et les réactions chimiques qui s’y jouent. Elle a été prise en charge par Véronique et Claudie, les techniciennes du laboratoire qui font des merveilles.
Demain, avant-dernier jour de la mission. Nous aurons la chance de voir les dessins et les peintures de Michel Bellion, le peintre de la Marine qui a embarqué avec nous à Nouméa. Michel est un pur marin breton, il vit en Bretagne entre deux voyages sur les bâtiments de la Marine nationale.
Le peintre de marine Michel Bellion dessinant le départ du BIB.
Les peintres de la Marine sont des officiers civils ! Michel a un uniforme, mais préfère les vêtements qui ne craignent pas la peinture. Le corps des peintres de la Marine est très spécial, ce sont des artistes reconnus pour leurs travaux en relation avec la mer qui, après de longues années de travail, ont posé leur candidature et ont été admis. Ils ne sont pas employés par la Défense, ils ne perçoivent pas de salaire et vivent de leur peinture. Michel est un globe-trotter ou plus exactement un coureur des mers de la peinture. Il a peint ou croqué presque toutes les mers et océans, à huile, à acrylique, à la gouache, à l’aquarelle, au lavis, au pastel, à la mime de plomb, au fusain et à la sanguine ; car Michel est capable d’utiliser toutes les techniques. Il est aussi à l’aise dans les creux de 16 mètres aux Kerguelen que sous la pluie dans la mangrove à Vanikoro. Nous attendons son carnet de voyage avec impatience.