|
|
|
Cette date est confortée
par l'étude d'une coupe de Majolique attribuée à
un atelier de Montelupo en Toscane, dont l'aile porte un décor
identique à celui d'une autre coupe portant en son centre les
armes du pape Jules II et au dos la date de 1509. Ci à gauche : La coupe de majolique de Montelupo Archaeonautica n°9, p.127, fig.79 |
||
|
De gauche à droite : cruche ligure à décor incisé polychrome et deux cruches génoises de majolique, celle de droite est décorée aux armes des Fregoso Archaeonautica n°9, p.127, fig.80 |
Tableau n°1 |
Origine du navire
L'examen des données
archéologiques doit être fait avec beaucoup de prudence, car
il faut distinguer entre la structure du bâtiment et le matériel
fixe d'armement caractéristiques du lieu de construction ; la cargaison
et le lest ; le matériel mobile d'armement ; les effets personnels
de l'équipage et des passagers dont la provenance est différente.
Analyse des bois de construction
La construction du bâtiment
s'inscrit dans une tradition méditerranéenne.
Les essences de bois employées pour la construction sont : le chêne
à feuilles caduques, le hêtre, le noyer, l'orme, le peuplier,
le pin d'Alep, le pin maritime, le pin pignon, le pin sylvestre.
On a tenté, en superposant les aires de végétations de
ces différentes essences (zones géographiques où poussent
ces arbres), de trouver les zones les plus probables de construction : celles
où le plus grand nombre d'essences étaient présentes.
Cette approche met la région de Gênes en tête devant celle
de Barcelone.
- Cliquez ici pour voir la carte de répartition des différentes essences -
Analyse du lest
Le lest du navire était constitué de galets de rivière
de différentes grosseurs répartis dans les différentes
cales. L'analyse de ces pierres de lest a été confiée
au laboratoire de géologie sédimentaire et structurale de l'Université
de Nancy I.
La conclusion a été la suivante : partant sur les hypothèses
que les galets étudiés constituent un échantillonnage
représentatif et qu'ils proviennent d'une source unique, sans apports
secondaires, il est raisonnable d'envisager que le lest a été
prélevé sur une plage du golfe de Gênes, entre Savone
à l'Ouest et Livourne à l'Est.
Effets personnels et matériel
mobile d'armement
On a rassemblé sur une carte les lieux d'origine des objets
dont la provenance a pu être identifiée. La zone géographique
qui englobe tous ces lieux se limite à un triangle dont les sommets
sont Madrid (poids de quatre onces de Castille), Nuremberg (jetons de compte),
Palerme (Aquile de Ferdinand d'Aragon). Il faut ajouter à cette liste
deux objets dont l'origine n'est pas connue avec précision : un "
boccale " de majolique portant les armes de la famille Fregoso et un
fragment de crosse d'arquebuse portant le même motif héraldique
gravé au couteau. Or cette famille a donné de nombreux doges
à la ville de Gênes, ce qui explique que son blason : "D'argent
au chef enté en onde de sable puisse être surmonté des
armes de la ville : croix rouge sur fond blanc".
- Cliquez ici pour voir la carte des lieux d'origine des objets retrouvés -
2 - Données
historiques
La comparaison de plusieurs documents
imprimés ou manuscrits avec les données archéologiques
nous a permis d'identifier l'épave de Villefranche.
Après Honorat de Valbelles qui, dans son Histoire journalière
des années 1498-1539, mentionne le naufrage d'une nave génoise
en rade de Villefranche en 1516 (l'abbé Pietro Gioffredo dans sa Storia
delle Alpi marittime, publiée en 1839), cite le témoignage du
niçois Ludovic Revelli :
"Vers midi, le 15 septembre 1516, lendemain
de la fête de la Sainte Croix, 19e jour depuis la nouvelle lune d'août,
il y eut une horrible tempête, destruction d'une grande quantité
d'arbres et naufrages divers dans le port d'Hercule [Villefranche]. Cette
tempête faisait s'écrouler les toits, les maisons, les tours
et les églises emportant les portes et les tuiles, déracinant
dans la région de Nice les arbres de toutes les espèces et faisant
d'autres choses encore étonnantes à dire ; et elle dura seulement
l'espace d'une demie heure"
Parmi les autres navires et bâtiments qui firent alors naufrage en ces
mers, je relève qu'il s'est perdu un navire de Génois ; les
choses qu'il contenait ayant été en partie récupérées
par les Niçois, des lettres furent écrites le 8 octobre par
Ottaviano Fregoso
"au gouverneur et aux syndics de Nice pour
leur restitution".
De son côte Antonio de Beatis, dans son journal de Voyage du Cardinal
d'Aragon qui sera imprimé et publié en 1893, écrit à
la date du 30 novembre 1517 :
"A un mille de Nice se trouve Villefranche,
également à M. de Savoie, qui compte peu de maisons mais un
beau et fameux port, où les navires sont en toute sécurité,
et si profond que les bateaux peuvent s'approcher tout contre la montagne,
si gros qu'ils soient. Pourtant il y a deux ans une grosse nave de Génois
qui allait en course, très bien équipée en artillerie,
avec plus de trois cents hommes, a sombré dans ledit port avec tous
lesdits hommes, et on voit encore la hune du grand mât qui sort de l'eau
de deux cannes environ...".
Enfin, un document manuscrit retrouvé aux Archivio di Sato de Gênes,
une délibération du Conseil des Anciens datée du 20 septembre
1516, concerne :
"La récupération de la nave Lomellina
et de l'artillerie coulées par un très fort coup de vent dans
le port de Villefranche".
Le tableau n°2 compare les données archéologiques et les
détails mentionnés dans ces textes.
-- | Valbelle | Gioffredo | De Beatis | Données archéologiques | |
![]() |
|||||
Date | Septembre 1516 | 15
septembre 1516 vers midi |
1515 ( ?) | Après 1503 à la fin de l'été | |
![]() |
|||||
Origine | Genovés | Genovesi | Genuesi | Gênes : céramiques, lest, bois | |
![]() |
|||||
Type | Nau | Nave | Nave grosso | Gros navire rond ayant les caractéristiques des navi génoises | |
![]() |
|||||
Chargement Armement | - | - | Très bien fournie d'artillerie | Artillerie nombreuse et roues d'affûts terrestres | |
![]() |
|||||
Equipage | - | - | 300 hommes | - | |
![]() |
|||||
Pertes | 100 hommes | - | Tous | Ossements humains | |
![]() |
|||||
Lieu du naufrage | Villefranche | Portus Herculis | Villafrancha dentro dicto porte | En rade de Villefranche | |
![]() |
|||||
Nom cité | - | Ottaviano Fregoso | - | Armes de la famille Fregoso sur une cruche et une crosse d'arquebuse. | |
![]() |
|||||
Circonstances | - | - | Chavirage sous voile, la hune émerge de l'eau |
Navire coulé par 18 m incliné de 50° sur tribord, impliquent un dépassement de la hune. | |
![]() |
Tableau n°2 |
Il conduit à identifier presque certainement l'épave de Villefranche comme étant la Lomellina.