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[ Extrait du compte-rendu de la prospection Cordelière 2001 ]

Les Épaves repérées lors de la prospection de août 2001

9.3.1 - Épave CE (Lat. 48° 19',--- N - Long. 004° 38',--- W)

fig13La découverte de l'épave CE se trouve curieusement au croisement de deux informations. Le 3 août, au cours de notre première journée de prospection dans le sud de la zone Pen-Hir, nous avons relevé une anomalie baptisée CE se trouvant au milieu d'une zone extrêmement perturbée du point de vue magnétique : proximité de l'anomalie géologique créée par la faille Camaret/Bertheaume, de l'épave de la canonnière fluviale Furieuse, et de deux câbles de transmission transatlantiques : C4 et C6.
Le surlendemain, nous avions rendez-vous avec un pompier habitant au Fret qui avait signalé à Fanch Cabioc'h avoir vu une épave en bois à l'occasion d'une plongée sur l'épave du Pen-Hir. Il nous expliqua qu'ayant manqué l'épave du Pen-Hir, il s'était laissé dériver sur le fond en marée de flot pendant environ une demie-heure à trois quart d'heure et qu'il avait très distinctement vu l'épave d'un navire à coque de bois affleurant le fond mais, qu'il n'avait pas pensé à prendre un alignement à son retour en surface.
Les plongées eurent lieu sur le point CE le 7 août en matinée et les restes d'une épave affleurant le fond furent découverts par les plongeurs. Après analyse des données fournies par notre informateur, il est fort probable que l'épave CE soit bien celle qu'il a aperçue.
L'anomalie magnétique relevée à la verticale de l'épave est un signal bipolaire équilibré de ± 40 nt pour une distance de passage du magnétomètre de 14 mètres. Au total 40 plongées ont été effectuées sur ce site.

Epave CE - Vue d'ensemble du siteLes vestiges de l'épave apparaissent en deux endroits distants d'une quinzaine de mètres.
En un endroit apparaissent des éléments de structure superposés où voisins, en partie recouverts de sédiment. Ils sont assez difficiles à identifier formellement.
- On y distingue un premier ensemble occupant une surface d'environ 1 m x 1m où l'on peut identifier des structures longitudinales sans doute des virures de bordé de 12 cm de large et 3,5 cm d'épaisseur ainsi que des membrures mesurant 15 cm de large et 13 cm d'épaisseur écartées de 26 cm. Seules deux membrures sont visibles, la membrure intermédiaire dont on distingue la trace du clouage ayant disparu. On observe enfin une serre de 15 cm x 15 cm clouée directement sur les membrures.

- A proximité immédiate, un ensemble de trois pièces de charpente jointives a été en partie dégagé, chaque élément mesure 25 cm de large et 3,5 cm d'épaisseur, les extrémités sont coupées à angle droit et alignées. Ces trois pièces de charpente reposent sur un massif d'une vingtaine de centimètres d'épaisseur orienté perpendiculairement à celles-ci et dont la face externe visible n'est pas perpendiculaire au plan des trois pièces mais inclinée d'une vingtaine de degrés. Nous n'avons pas réussi à interpréter cet ensemble.
Les virures de bordé décrites ci-dessus se prolongent sous le sédiment selon leur axe longitudinal et mènent à une distance de 13 à 14 mètres à une pièce grossièrement cylindrique que nous avons identifiée comme étant un guindeau.

Epave CE - Relevé des charpentes AEpave CE - Relevé des charpentes B

Epave CE - Relevé du guindeau- Le guideau mesure environ 3,6 mètres de longueur, il a une forme biconique classique avec un diamètre maximal de 40 cm et un diamètre aux extrémités de 30 cm, il comporte quatre rangées de six amolettes de 10 cm x 10 cm (trois rangées sont visibles). Entre les deux rangées latérales d'amolettes se trouve une couronne métallique servant sans doute à engrener une chaîne : un barbotin. Une chaîne est enroulée autour de l'une des extrémités du guindeau. Les paliers du guindeau sont en position centrale de part et d'autre de la couronne dentée destinée, à l'aide d'un linguet, à empêcher le guideau de dévirer ; cette couronne dentée est en fonte de fer.

Divers types de guindeaux

Outre ces observations directes, deux endroits ont réagit au détecteur de métaux, sans que nous ayons les moyens et le temps de dégager le sédiment pour identifier les objets ferreux se trouvant à ces endroits.

L'échantillonnage de la coque (3,5 cm) et des membrures (15 x 13 cm) nous amène à penser que nous sommes en présence de l'épave d'un navire d'environ 25 mètres de long. L'examen des plans de bateaux de travail ayant un guindeau horizontal montre que le guindeau installé à l'avant occupe environ la moitié de la largeur au maître bau ; nous aurions donc ici un navire d'environ 7 mètres de large, ce qui est cohérent avec la longueur estimée à partir de l'épaisseur du bordé.
Le guindeau horizontal est utilisé depuis l'antiquité sous des formes diverses, quelques exemplaires datant du moyen âge sont connus, ils pivotent tous autour d'axes situés aux extrémités. La présence d'un linguet de retenue est attestée au XVème siècle ; un exemplaire daté du XVIIe siècle comporte une couronne dentée et un linguet en bois. La présence d'une couronne dentée en fer implique une maîtrise de la fonte industrielle ; de même la présence d'une chaîne de fer nous amène à penser que nous sommes en présence d'une épave datée au plus tôt du milieu du XIXème siècle, peut-être celle d'un bateau de travail, gabarre ou sablier, familiers de ces parages...

9.3.2 - Épave CA (Lat. 48° 19',--- N - Long. 004° 40',--- W)

Epave CA - Détail de l'anomalie magnétiqueL'épave CA a été détectée, comme l'épave CE, au cours du premier jour de prospection dans le Sud de la zone Pen-Hir. L'anomalie est caractérisée par un signal bipolaire équilibré de ± 15 nt pour une distance de passage de 9,7 mètres.
Les premières plongées ont eu lieu le 13 août, c'est en fin de plongée qu'une masse ferreuse ayant été détectée à l'aide du détecteur de métaux, et le sédiment dégagé à l'aide d'un loco plongeur, une structure en bois est apparue sous environ 50 cm d'un sédiment formé de sable grossier. Au total 26 plongées ont été effectuées sur ce site.

Au cours des plongées suivantes une structure identifiée comme une coque couchée ou retournée a été dégagée sur une longueur totale d'environ 8 mètres et une largeur maximale de 2,7 mètres. Bien qu'entièrement recouverte par le sédiment la coque présente des traces de niveaux d'ensablement différents (alignements parallèles de petits crustacés) ; en particulier sa partie sommitale a été arasée, sans doute à la fois par l'action des organismes xylophages et par les engins de pêche remorqués (filets et dragues).

Dans le sens longitudinal la coque est caractérisée par des virures de bordé d'environ 21 cm de large et 3,5 à 4 cm d'épaisseur, et un vaigrage de même épaisseur. Sous le sédiment il semble que se trouve aussi une préceinte. La membrure mesure lorsqu'elle est simple entre 13 et 16 cm de largeur pour 10 cm d'épaisseur, lorsqu'elle est double elle mesure environ 18 cm de largeur. L'intervalle entre deux membrures est d'environ 18 à 20 cm. La courbure longitudinale est prononcée et il n'a été possible de trouver ni l'extrémité avant, ni l'extrémité arrière. La longueur sondée est d'environ une quinzaine de mètres. De la même manière, la courbure transversale est très prononcée et il n'a été possible de trouver ni la quille ni le pavois.
Des traces de concrétions ferreuses à peu près perpendiculaires aux virures de bordé, mais légèrement inclinées, ont été observées, elles correspondent à des bandes de 7 cm de large environ. A l'une des extrémités, quatre bandes écartées de 40 cm les unes des autres, à l'autre extrémité deux bandes ont été observées.

Epave CA - Vue d'ensemble du siteEpave CA - Plan du site

Compte tenu de l'enfouissement de l'épave et des moyens limités dont nous disposions, nous nous sommes contenté d'essayer de restituer le profil transversal de l'épave à chacune des deux extrémités dégagées en utilisant un bathymètre électronique. Le résultat est relativement satisfaisant dans la mesure ou les deux profils sont cohérents et où ils permettent d'estimer le côté où se trouve la quille.
Un prélèvement de calfatage a été en outre effectué. L'analyse de ce brai n'est pas encore terminé mais les premières observations effectuées par Jacques Connan, indiquent qu'il s'agit soit d'une résine de conifère soit d'une poix (goudron de conifère) contenant 6% de carbone organique.

Epave CA - Profils de coqueLes éléments nous permettant d'évaluer les dimensions de l'épave sont peu nombreux. L'analyse des profil nous conduit à évaluer la largeur à au moins 7 mètres, ce qui est cohérent avec l'épaisseur observée de la coque et conduit à un navire d'au moins 25 mètres de longueur.
Par ailleurs, si on interprète les bandes métalliques observées comme des cadènes, ce qui n'est cependant pas très sûr, le navire pourrait avoir au moins deux mâts, puisque ces séries de cadènes sont écartées d'environ 8 mètres.
Enfin les premières constations effectuées par Jacques Connan, qui demande bien entendu à être confirmées par une analyse chimique complète, pourraient indiquer une datation remontant au XVIIème ou au XVIIIème siècle, le calfatage à l'aide de résine cédant la place au coaltar (goudron de houille) dès le début du XIXème siècle.

9.3.3 - Épave CH (Lat. 48° 17',--- N - Long. 004° 36',--- W)

Au cours des recherches dans la zone Toulinguet une anomalie caractérisée par un signal bipolaire non équilibré de ± 36 nt, a été relevée à proximité de la position d'une épave signalée comme douteuse sur la carte du SHOM. Cette épave est celle du Roca. L'anomalie se trouve à 218 mètres dans le Nord de la position indiquée. Les plongées effectuées sur cette position ont permis de découvrir ce qui a été interprété comme des cerclages de mât enfouis dans le sédiment. Toutefois nous ne pouvons avec certitude établir que l'anomalie relevée est bien celle du Roca car nous n'avons couvert que la moitié Nord de la zone d'incertitude de cette épave ; par ailleurs le signal nous semble faible pour une épave moderne, car si la coque du navire était en bois les moteurs devraient créer une anomalie plus importante que celle qui a été relevée.

9.3.4 - Épaves modernes

Deux épaves modernes qui se trouvaient dans les zones prospectées cette année ont été détectées, il s'agit de l'épave du Pen-Hir et celle de la canonnière Furieuse.
La position du Pen-Hir est : Lat. 48° 19',--- N - Long. 004° 39',--- W, l'anomalie relevée est de 5 540 nt pour une distance de passage du magnétomètre de 11,2 m.
La position de la canonnière Furieuse est : Lat. 48° 19',--- N - Long. 004° 38',--- W
une anomalie de 5 210 nt a été relevée pour un passage du magnétomètre à 10,3 mètres.

Max Guérout