Communiqué de Presse n°4/2005

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L’EPAVE D’UN VAISSEAU DE LA RENAISSANCE DECOUVERTE EN CORSE DANS LA BAIE DE SAINT-FLORENT

Oletta, 1er décembre 2005

Une formation à l'archéologie sous-marine

La Société d'Etudes en Archéologie Subaquatique - SEAS - compte 150 membres archéologues, historiens et passionnés d'histoire maritime. En dehors de la recherche, elle développe un volet formation : elle organise depuis trois ans des stages en Corse. Ces derniers s'adressent aux plongeurs et aux étudiants, ils ont pour but d'initier les stagiaires aux méthodes et aux techniques de l'archéologie sous-marine.

Site web : www.archeo-seas.org
Tél : 06 86 41 73 84

 

La baie de Saint-Florent constitue avec Calvi un pôle unique de l’activité maritime en Corse depuis l’antiquité. A ce titre, la cité florentine a toujours joué le rôle d’une porte ouverte sur le monde extérieur ; elle a été un lieu d’échanges culturels et commerciaux entre plusieurs civilisations méditerranéennes.  Mais elle a également été le témoin des guerres qui ont déchiré les nations européennes, et sa baie, le théâtre de combats navals sans merci. Epaves et vestiges archéologiques sous-marins constituent les témoignages de cette histoire riche et mouvementée.

Depuis deux ans, une association à but non lucratif, la Société d’Etudes en Archéologie Subaquatique –SEAS- dont le siège est situé à Oletta (Hte Corse), a entrepris de rechercher, de recenser et de mettre en valeur ce patrimoine archéologique englouti, ceci dans le cadre d’une autorisation délivrée par le Département des Recherches Subaquatiques et Sous-marines du Ministère de la Culture (DRASSM) et sous son contrôle scientifique.

Dotée d’une embarcation de 15 mètres, le Scola Maris - acquise et équipée pour le travail archéologique grâce au Programme européen Leader+-, SEAS a organisé un ratissage méthodique et systématique des eaux de la baie depuis la côte jusqu’à 50 mètres de profondeur.  Arnaud Cazenave de la Roche et Maite Segura, les deux archéologues qui animent l’association ont réalisé ce travail en étroite collaboration avec les acteurs locaux du milieu marin, avec les associations de la région, en particulier Les Amis des Agriates, animée par Charles Pinelli, et avec le soutien moral de la Mairie de Saint-Florent qui s’est engagée à apporter son concours. Ce programme de recherches, soutenu financièrement par le DRASSM et par le Conseil Général de Haute Corse, a abouti à une récente découverte très importante pour l’archéologie, l’histoire maritime en général, et l’histoire de la Corse en particulier. Il s’agit de l’épave d’un vaisseau ayant fait naufrage –probablement au XVIème siècle- dans la baie de Saint-Florent.

 

Le site est situé par 50 mètres de profondeur, les vestiges visibles sont localisés sur environ 30 m de longueur par une quinzaine de large. Ils sont constitués par une grande ancre de 4,5 mètres de longueur, les restes de la coque et des structures du bâtiment- dont la majeure partie est enfouie dans le sable-, d‘éléments d’artillerie, tels des canons en fer forgé, des boulets de canons en pierre et des pièces d'artillerie légère (arquebuses, petits pierriers, etc). On observe encore des éléments de gréement, notamment de gros cordages dont l’état de conservation est étonnant. Une multitude d’objets fortement concrétionnés qui gisent sur le site demanderont par ailleurs à être identifiés. De manière générale, l’état de conservation des vestiges semble remarquable. La profondeur du site le favorise : faible taux d’oxygène dissous dans l’eau, faible luminosité, température basse et régulière, bonnes conditions de sédimentation, tous ces paramètres contribuent à une préservation optimale du mobilier.  Il faut enfin ajouter que le site est visiblement vierge et n’a donc fait l’objet d’aucun pillage.

 

Le récit de la bataille - Manuscrit du XVIIIème s.

« Lorsque le baron eut rempli sa mission (conduire 2 cardinaux français a Rome)…étant à la hauteur de Civita-Vecchia, port de mer d’Italie, dans l'état de l'église, il fut surpris par une violente tempête qui dispersa ses galères et jeta celle qu'il montait avec une autre sur la plage de San Fiorenzo dans l'Ile de Corse. Il aperçut vingt-quatre grands vaisseaux espagnols qui avaient été battus par la tempête, et qui s'étaient retirés sur la même côté, à peu de distance de San Fiorenzo…Le baron de la Garde accoutumé à combattre sitôt qu'il en trouvait l'occasion, désirait les attaquer, mais ses forces étaient trop inégales pour qu'il put espérer la victoire ; il n'avait que deux galères les quatre autres avaient été séparées de lui, comme nous l'avons dit.
Voyant que le courage ne suffisait pas dans cette conjoncture, il résolut d'employer la ruse, arbora promptement le pavillon de l'empereur, envoya un brigantin dire aux espagnols que la princesse Anne, femme de Ferdinand roi de Hongrie, frère de Charles Quint, était sur son bord et qu'il la transportait en Espagne ou elle serait en sûreté pendant la guerre que l'empereur et son mari soutenaient contre la France et les turcs ; qu'il était de leur devoir de la saluer de toute leur artillerie. Les espagnols donnèrent dans le piège que le baron leur tendait : ils se hâtèrent de mettre le feu à tous leurs canons. Aussitôt le baron remit le pavillon français les attaqua si promptement, qu'ils n'eurent pas le temps de recharger leurs canons.
Il coula a fond deux de leurs plus gros vaisseaux, en enleva quinze qui étaient richement chargés. Le reste de la flotte se sauva à force de voiles et de rames. Il mit à la chaîne les soldats et les matelots qui se trouvaient dans les vaisseaux qu'il avait pris.
La philosophie n'était pas encore arrivée au degré ou elle est : on approuva, on admira même a la cour la ruse du baron, et on rit de l'imprudente crédulité des espagnols ; aujourd'hui on rirait d'une pareille simplicité mais on blâmerait la supercherie du baron de la Garde. »

 

Depuis deux ans, les archéologues de SEAS effectuent des recherches documentaires dans divers centres d’archives, en France et en Espagne, afin de recenser les informations sur les naufrages s’étant produits dans les zones que l’association prospecte. Au cours de ces travaux, ils se sont particulièrement intéressés aux naufrages de deux galions espagnols de la flotte d’Andréa Doria qui ont été coulés au milieu du XVIème s. par un corsaire français, le baron Paulin de la Guarde, qui agissait pour le compte de François Ier, puis de Henri II. Certains éléments de l’épave visibles sur le site, en particulier la forme allongée de l’ancre, caractéristique des ancres espagnoles du XVIème s., laissent à penser qu’il pourrait bien s’agir de l’un d’entre eux. Une confirmation archéologique probante est cependant encore nécessaire avant de pouvoir être catégorique sur l’identité de l’épave. Seule l’expertise du site qui est envisagée pour 2006 permettra d’obtenir cette confirmation. Pour le moment, une seule chose est certaine, les caractéristiques des canons de l’épave permettent de dater leur fabrication avant 1550.

Cet élément de datation permet d’emblée de faire de cette grande épave une découverte importante. Les épaves comparables de cette période sont en effet très rares, et si l’hypothèse de l’identité espagnole du bâtiment venait à se confirmer, nous serions en présence de l’épave du galion espagnol le plus ancien –à notre connaissance- susceptible d’être étudié en Méditerranée. Par ailleurs, dans ce cas, un seconde épave devrait donc pouvoir être découverte dans la même zone, si on s’en réfère aux documents qui font état de deux navires coulés par les Français.

Les méthodes de prospection employées par l’association sont de haute technologie : jusqu’à 20 mètres de profondeur, un magnétomètre est mis en œuvre. Il s’agit d’un appareil qui, en analysant le champ magnétique de la terre, est capable de détecter toutes les anomalies induites par la présence de métaux ferreux, même enfouis dans le sédiment marin comme, par exemple, les ancres, les canons et les boulets, témoignages les plus caractéristiques de la présence d’une épave. Entre 30 et 50 mètres de profondeur, un archéologue membres de SEAS, André Lorin, a mis en œuvre  un SONAR à balayage latéral, un appareil qui émet des ondes acoustiques dans l’eau et permet de réaliser une sorte d’échographie du fond marin. Il a été aidé dans ce travail par un géophysicien, Hervé Blanchet, qui a pris en charge la partie navigation. L’analyse des images SONAR permet de repérer sur un écran les anomalies produites par les vestiges archéologiques qui gisent sur le fond marin. C’est grâce à ce système de détection et au professionnalisme de leurs opérateurs que la découverte de l’épave a été possible.

   

Après 5 semaines de travail, et plus de 350 km de lignes effectuées dans la baie de Saint-Florent, une énorme moisson d’informations a été récoltée et plusieurs dizaines d’anomalies repérées. Certaines sont constituées par des leurres, produits d’une géologie qui peut être parfois trompeuse, mais d’autres correspondront sûrement à de nouveaux sites archéologiques. Arnaud Cazenave de la Roche espère en particulier retrouver les vestiges de la seconde épave évoquée dans les documents issus des archives : cette nouvelle découverte viendrait conforter l’hypothèse de leur identité et de leur histoire.

Un long travail d’expertise en plongée des anomalies détectées a été entrepris par les plongeurs de SEAS. Il s’agit d’une tâche de longue haleine qui durera une partie de l’hiver : les archéologues devront plonger sur plus de 50 points d’anomalies détectés par les instruments pour en vérifier l’origine. Par ailleurs, le projet de sondage de l’épave récemment découverte envisagé pour 2006, puis sa fouille - qui pourrait intervenir en 2007 dans le cadre d’une opération pluridisciplinaire - promettent aux archéologues un programme de travail long et chargé. Au regard de la profondeur à laquelle se trouve le site (50 mètres), il obligera à la mise en place de protocoles scientifiques de haut niveau et de procédures de plongées particulièrement contraignantes et délicates. L’étude des vestiges  ouvre cependant la perspective d’un éclairage riche et original sur cette extraordinaire étape de l’histoire européenne qu’est la Renaissance, et promet d’être passionnante.

Contacts et renseignements

SEAS - Société d'Etudes en Archéologie subaquatique

Centre de Formation et de Recherche
en Archéologie Subaquatique
20232 Oletta
Tél : 06 86 41 73 84

E-mail : archeo-seas@wanadoo.fr


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